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Pourquoi les métiers du BTP peinent séduire les jeunes ?

À Maurice comme à La Réunion, les métiers du BTP peinent à attirer les jeunes alors que le secteur manque de main-d’œuvre qualifiée. Orientation dès 14 ans, immersion en entreprise, formation technique : quelles pistes pour susciter des vocations ? Le point avec Jimmy Nativel, formateur à l’Éducation nationale.

Jimmy Nativel, formateur à l’Éducation nationale à La Réunion, explique l’orientation des jeunes vers les métiers du BTP.

M. Nativel, comment accompagnez-vous les jeunes qui découvrent pour la première fois les métiers techniques ?

Dès la classe de 3e, les élèves peuvent s’orienter vers une classe dite « prépa-métiers ». Ce dispositif leur permet de découvrir plusieurs métiers tout en suivant les enseignements généraux classiques de la 3e. Concrètement, des visites sont organisées tout au long de l’année dans différents lycées professionnels, selon deux formats complémentaires : un premier temps de présentation du métier, d’une durée d’environ trois heures ; puis, pour les élèves qui souhaitent aller plus loin, un dispositif d’immersion, réparti sur trois séances de trois heures. À l’issue de ces immersions, le jeune commence à réellement s’imprégner du métier en manipulant les produits et outils destinés à la formation. Cela, sous l’autorité et la surveillance permanente d’un enseignant. Cette approche permet une découverte beaucoup plus précise et concrète du métier envisagé.

Quelles méthodes pédagogiques vous semblent les plus efficaces pour susciter l’envie et l’engagement ?

Les jeunes ont besoin de toucher, manipuler, expérimenter…. C’est souvent ce contact concret avec la matière et les outils qui déclenche l’envie. Ou, à contrario, leur permet de se rendre compte que le métier ne correspond pas à leurs attentes. Le passage de la théorie en salle à la pratique en atelier est donc essentiel. C’est cette alternance qui donne du sens aux apprentissages et permet au jeune de se projeter.

Quel rôle jouent les stages, les entreprises partenaires et les visites de chantiers dans ce parcours de découverte ?

Les périodes de stage en entreprise permettent une immersion réelle dans le monde professionnel, dès le plus jeune âge. Le jeune découvre le fonctionnement d’une entreprise, les exigences du métier et les réalités du terrain. En complément, nous organisons régulièrement d’autres actions de découverte : visites d’usines et de chantiers, de rencontres avec des professionnels entre autres. L’ensemble de ces échanges, informations et mises en situation contribue à confronter le jeune à la réalité du métier et joue un rôle déterminant dans une orientation réussie.

Comment travaillez-vous avec les familles pour les rassurer sur les débouchés et les perspectives professionnelles ?

Plusieurs événements existent pour accompagner cette démarche. Le Salon de l’orientation, organisé sur plusieurs jours, rassemble de nombreux partenaires : établissements, organismes de formation, institutions. Les lycées y tiennent des stands animés par des équipes pédagogiques, mais aussi par des élèves, qui partagent leur expérience de manière très concrète. Par ailleurs, des journées portes ouvertes sont organisées au sein des établissements, à destination des jeunes, des parents, mais aussi des chefs d’entreprise. Elles permettent de présenter nos filières de manière approfondie et de répondre aux interrogations sur les débouchés et les parcours possibles.

Comment s’organise l’articulation entre enseignements théoriques et pratiques dans vos formations ?

Les élèves sont préparés pour des diplômes professionnels, généralement sur une durée de deux ans, selon la filière. La formation repose sur un équilibre entre enseignements théoriques et enseignements pratiques, avec de nombreuses mises en situation en atelier.

À cela s’ajoutent quatre périodes de formation en milieu professionnel (PFMP), anciennement appelées stages. Elles se répartissent en deux périodes de trois semaines en première année ; deux périodes de trois semaines en deuxième année ; soit un total de douze semaines en entreprise sur l’ensemble du cursus.

Les jeunes ont besoin de toucher, manipuler, expérimenter…. C’est souvent ce contact concret avec la matière et les outils qui déclenche l’envie. Ou, à contrario, leur permet de se rendre compte que le métier ne correspond pas à leurs attentes.

De quels plateaux techniques et équipements disposez-vous pour former les élèves ?

Nos établissements sont des lycées professionnels équipés des outillages, machines et équipements de sécurité nécessaires à la formation. Ces plateaux techniques permettent de travailler dans des conditions proches de celles rencontrées en entreprise.

Intégrez-vous des compétences transversales comme la sécurité, le numérique ou la lecture de plans ?

La sécurité est un élément fondamental et prioritaire pour l’ensemble de l’équipe pédagogique. Les encadrants sont régulièrement formés par des organismes ou formateurs agréés, et les enseignants assurent un suivi strict.

Par exemple, dans le cadre du premier diplôme professionnel, une attestation de travail en hauteur est délivrée avec le diplôme. Le jeune doit valider une partie théorique et une partie pratique, incluant une mise en situation réelle avec utilisation d’un échafaudage. La réussite de ces deux volets est indispensable à la validation du diplôme.

Comment accompagnez-vous les jeunes en difficulté ou en situation de décrochage ?

Chaque situation est traitée au cas par cas, en lien avec l’équipe pédagogique. L’objectif est de détecter le plus tôt possible les signes de désengagement afin d’agir rapidement et d’en comprendre les causes. Il s’agit d’un véritable travail d’équipe, fondé sur l’écoute. La famille peut également être associée à la démarche. Selon la situation, un accompagnement personnalisé est mis en place afin de trouver les solutions les plus adaptées.

Quels métiers recrutent le plus aujourd’hui dans le BTP et les filières techniques ?

Nous couvrons l’ensemble des métiers du bâtiment, dans un contexte marqué par plusieurs enjeux majeurs : réchauffement climatique, économies d’énergie, gestion et recyclage des déchets. Ces problématiques structurent désormais les filières et les formations. Il existe notamment des parcours autour de l’enveloppe du bâtiment, avec des diplômes allant du CAP à la licence professionnelle. Malgré la crise que traverse actuellement le secteur de la construction, nous continuons à préparer l’avenir, en innovant avec nos partenaires autour de l’habitat de demain, plus confortable et mieux adapté aux réalités climatiques de La Réunion et de la zone océan Indien.

Comment les entreprises structurent-elles l’accueil des jeunes en formation ?

L’accueil du jeune repose sur un cadre formel impliquant trois parties : l’entreprise, le jeune et l’établissement. Des conventions ou contrats sont signés, engageant chacun. Un suivi régulier est assuré par les enseignants, qu’ils soient professionnels ou généraux. De son côté, l’entreprise désigne un référent, tuteur du jeune pendant toute la durée de la formation.

Avez-vous des exemples de parcours ou de réussites que vous souhaitez mettre en avant ?

J’ai moi-même suivi une filière professionnelle, en 1996. Cette formation m’a permis d’apprendre un métier concret et physique, puis d’évoluer progressivement vers des fonctions plus théoriques.

J’aime partager ce parcours, car il m’a ouvert à d’autres compétences, d’autres métiers, d’autres pays, notamment dans l’ensemble de la zone océan Indien, avec ses spécificités.

Comment décririez-vous le rapport des jeunes au travail aujourd’hui ?

Les jeunes sont motivés lorsque les bonnes informations et la bonne orientation ont été définies dès le départ. Il faut aussi prendre en compte une génération très connectée aux réseaux sociaux, avec ses avantages et ses limites. De nouveaux métiers émergent et peuvent parfois faire rêver. Le rapport au travail évolue donc en lien avec ces nouvelles références.

Le BTP souffre encore d’une image de métiers « durs » ou peu valorisés. Qu’est-ce qui peut, selon vous, redonner de l’attractivité à ces filières ?

Les métiers du BTP restent souvent perçus comme essentiellement manuels. Pourtant, ils offrent des opportunités d’évolution, de mobilité et même de voyage. J’insiste souvent sur cette dimension auprès des jeunes, en partageant mes propres expériences professionnelles à l’international. Montrer que ces métiers peuvent ouvrir des horizons est un levier important pour changer les représentations.

Quel est le taux de réussite observé dans vos formations ?

Selon les filières, le taux de réussite se situent entre 80 % et 95 %. Dans notre établissement, un jeune peut suivre un parcours long, de deux à huit ans, en démarrant par un CAP et en poursuivant jusqu’à la licence professionnelle.

M. Nativel, vous avez travaillé à La Réunion et à Maurice. Quelles similitudes observez-vous dans l’orientation des jeunes vers les métiers manuels ?

Nous sommes déjà partenaires sur plusieurs sujets. Il est essentiel de poursuivre et de consolider ces échanges. La formation professionnelle constitue un axe de collaboration naturel et porteur pour les deux territoires. Par ailleurs, ayant travaillé à La Réunion comme à Maurice, je constate des similitudes très fortes dans la manière dont les jeunes abordent aujourd’hui les métiers manuels. Les freins sont largement partagés : une image encore dévalorisée du travail manuel ; une pression familiale qui pousse souvent vers les filières générales ou tertiaires ; et une peur de l’effort physique, parfois perçu comme un recul social plutôt que comme une compétence. Mais le problème ne se limite pas à l’image. Il est plus profond. Le rapport des jeunes au travail a changé, sur les deux îles. Le numérique a profondément modifié les repères : rapport au temps, à l’attente, à la hiérarchie, à la gratification immédiate. Les réseaux sociaux ont rendu visibles d’autres modèles de réussite, souvent déconnectés des réalités économiques locales. Résultat : les métiers du BTP, pourtant essentiels et porteurs, peinent à faire rêver.

Il faut aussi le dire clairement : la pénurie de main-d’œuvre n’est pas qu’un problème mauricien, elle est tout aussi réelle à La Réunion. Les entreprises recrutent, mais arrivent difficilement à trouver des profils formés, motivés et stabilisés. Ce constat est commun aux deux territoires.

Face à cela, je suis convaincu que la réponse ne peut pas être uniquement institutionnelle ou technique. Il faut avant tout écouter les jeunes, comprendre leurs aspirations, leur besoin de sens, de reconnaissance et de projection. C’est peut-être là que certains éléments du modèle réunionnais peuvent inspirer Maurice : une exposition plus précoce aux métiers, des immersions concrètes, un lien étroit avec les entreprises, et surtout une capacité à valoriser les parcours professionnels dans la durée, du CAP jusqu’à la licence professionnelle.

Les deux îles ont beaucoup à gagner à mutualiser leurs expériences, à renforcer les échanges et à construire une vision commune de la formation professionnelle adaptée aux réalités de l’océan Indien.

Portrait de Jimmy Nativel, formateur à l’Éducation nationale à La Réunion et ancien dirigeant industriel dans les secteurs du verre et de l’aluminium dans l’océan Indien.

Son itinéraire est celui d’un praticien. Pendant plus de vingt ans, il évolue dans les secteurs du verre et de l’aluminium, occupant successivement des fonctions commerciales, managériales puis de direction générale. De 2017 à 2023, à la tête de la société Sorémir à La Réunion, il conduit une restructuration exigeante : réduction des effectifs, redressement de l’organisation, et croissance du chiffre d’affaires de 15 %. Une période charnière qui assoit sa réputation d’homme de terrain, capable de fédérer autour d’un projet clair.

Entre 2023 et 2025, il poursuit cette trajectoire à l’échelle régionale comme directeur du développement Océan Indien pour Riou Ocean Indien. Il pilote notamment l’implantation d’une usine de transformation de verre à Maurice, incluant la structuration et la formation d’équipes locales. Ce rôle l’amène à travailler sur de grands chantiers hôteliers, hospitaliers et commerciaux à La Réunion, à Maurice et à Madagascar, tout en multipliant les échanges dans la zone océan Indien et au-delà.

Depuis août 2025, Jimmy Nativel opère une reconversion assumée. Cadre contractuel de catégorie A à l’Éducation nationale, il enseigne aujourd’hui la filière techni-verrier, option menuiserie aluminium et verre. Il y défend une vision pragmatique de la formation : valoriser les métiers manuels, transmettre la culture de la sécurité — récemment renforcée par une certification dédiée — et reconnecter les jeunes à la réalité du travail.

Père de deux filles, sportif amateur de longue date, sensible aux enjeux environnementaux, de santé et de bien-être, Jimmy Nativel s’intéresse aussi aux questions de gouvernance et de développement territorial. Sans posture, il revendique une logique de mission : mettre l’expérience acquise au service de la transmission et, peut-être demain, de l’action publique locale.






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