February 11, 2026

[De la CWA au au désert du Qatar] Comment l’ingénieur mauricien Prabhu Subramanien poursuit sa carrière en hydraulique

Après dix ans à la Central Water Authority (CWA), une bourse Chevening et un Master à l’Université de Bristol, l’ingénieur civil mauricien Prabhu Subramanien poursuit sa carrière au Qatar. De la gestion d’un réseau hydraulique vieillissant à Maurice aux défis du désert, son parcours illustre une génération de professionnels prêts à exporter leur expertise technique au-delà des rives mauriciennes..

C’est une plaisanterie bien de chez nous qui revient de façon récurrente sur les lèvres des ingénieurs mauriciens : « dans CWA, soit to aprane, soit to abandonner. » Prabhu Subramanien, lui, a opté pour la voie la plus difficile en choisissant d’y rester. Ce qui lui a permis, pendant ces dix dernières années, de rouler sa bosse d’un service à l’autre, de se frotter aux réalités du service public mauricien. Résultat ? Une expertise reconnue qui vient de lui ouvrir les portes du Qatar. Pour l’ancien étudiant du Bhujuahary College – où il obtint son HSC avant de décrocher son diplôme d’ingénieur civil à l’Université Anna de Chennai –, il n’y a pas l’ombre d’un doute : il a beaucoup appris ! « Ce fut une exposition extraordinaire », confie-t-il depuis Doha, où il a posé ses valises en juin dernier.

Certes une expérience exceptionnelle, mais pas de tout repos. Cette institution qui ne jouit pas toujours d’une bonne image en tant que pourvoyeuse d’un service essentiel l’a façonné, éprouvé, mais aussi révélé tout au long de son parcours allant d’Executive Engineer au poste de Principal Engineer, aux rudiments d’une machine administrative pour le moins singulière.

Les opérations : le véritable nerf de la guerre

En effet, après ses débuts en tant qu’Executive Engineer en septembre 2014, Prabhu est passé au grade de Principal Engineer une poignée de semaines avant son départ pour le Golfe. Ironie du sort ou timing parfait ? La réponse réside dans ce qu’il a accompli aux prix de ses efforts et sacrifices. « J’ai consacré près de 75 % de ma carrière au département des opérations, en charge de la distribution et de la maintenance du réseau de distribution », témoigne-t-il. Une façon subtile de nous faire comprendre que le département des opérations de Saint Paul constitue le véritable nerf de la guerre au sein de l’institution. Là où les théories se confrontent au terrain, où les plannings s’affolent à longueur de journée et volent en éclats dès qu’un tuyau lâche. « Dans un service public comme la CWA, on doit performer malgré les contraintes budgétaires, le manque de contracteurs et les plaintes constantes. Tout retombe sur l’ingénieur dès qu’il y a un problème, d’autant plus que c’est un domaine sensible qui touche le quotidien du public. C’est donc une pression qui n’arrête jamais », explique-t-il sans la moindre once d’amertume :« le volume de travail reste énorme avec dix à quinze réparations par jour qui vous tombent dessus sans prévenir. La réponse à ce problème est que nous avons hérité d’un réseau vieux de plus de 50 ans.

Allez faire un tour en fin d’après-midi pour voir combien sont toujours en train de travailler. Honnêtement, il y a des gens capables et dévoués là-bas quoi qu’on puisse dire ! »

Cela étant, son diagnostic sur l’avenir de l’institution reste constructif quand nous lui posons la question quant au choix qu’il ferait s’il devait retourner à la CWA. « Bonne question… », lance-t-il avant d’ajouter : « si c’était à refaire, je choisirais le département Non Revenue Water Management. C’est le département qui a la plus grande capacité pour redresser la CWA et son image de marque ». Cela va de soi, car pour le jeune Mauricien, sa période la plus marquante à Saint-Paul reste son passage au sein du même département. « Le poumon du système », selon ses mots. Il y a même dirigé un projet pilote en prenant un village de l’est comme échantillon. Le but: traquer les pertes physiques et commerciales qui plombaient les performances de l’institution. « C’était une expérience plus qu’enrichissante sur le plan professionnel et aussi formatrice en termes de management et d’optimisation », soutient-il.

un parcours incroyable !

Revenons à son incroyable parcours. 2019 marque un tournant pour Prabhu. Il décroche avec brio la prestigieuse bourse Chevening du Foreign and Commonwealth Office, dont le but est de permettre aux étudiants des pays du Commonwealth de développer des compétences pour, ensuite, participer et contribuer au développement de leur pays d’origine. Direction Bristol pour un Master en Operations and Project Management. Cette formation internationale enrichit sa vision stratégique et, sans qu’il n’en soit vraiment conscient, lui ouvrira de nouvelles perspectives de carrière. Quand une agence de recrutement le contacte via LinkedIn en décembre de l’année dernière pour un poste important au Qatar, il est presque médusé : « c’était totalement inattendu ! ».

Trois entretiens plus tard, il décroche ce poste stratégique au sein de la division « Operations and Maintenance of Drainage Assets » d’une organisation gouvernementale qatarienne.

Depuis un peu plus de deux mois, Prabhu s’acclimate à son nouvel environnement avec confiance et enthousiasme, après la grosse frayeur vécue lors du récent bombardement de l’Iran sur une base américaine située à quelques encablures de son logement. « Je venais de m’installer. J’étais paniqué en entendant le bruit des missiles et en les voyant dans le ciel. Un de mes collègues m’a rassuré qu’il n’y avait aucun danger et que tout le pays était au courant. Cela s’est en effet confirmé quelques minutes plus tard à travers les chaînes d’information qui affirmaient que les Américains avaient été prévenus à l’avance », témoigne-t-il.

Sur le plan professionnel, le jeune ingénieur découvre déjà les paradoxes climatiques du Golfe et les défis liés aux changements climatiques. Dans cet environnement aride, explique-t-il, la gestion de l’eau pose des défis particuliers, notamment lors des épisodes pluvieux intenses qui débouchent sur des inondations. « Je suis déjà passé en mode apprentissage depuis que je suis sur place», dit-il.

entre contrastes et paradoxes

Le contraste environnemental oblige. Les pays du Golfe ont des caractéristiques propres en termes de climat et d’environnement (désertique) et de gestion des ressources en eau, qui sont bien différentes d’un pays tropical comme le nôtre. Selon Prabhu, ceux-ci ne sont pas épargnés quand les conditions climatiques extrêmes se conjuguent avec l’urbanisation. « Il s’agit de trouver des solutions pour évacuer l’eau des espaces publics et prévenir les pertes humaines et matérielles. Les effets du changement climatique se manifestent partout aujourd’hui », explique-t-il.

Un des aspects qui l’enthousiasme le plus dans sa nouvelle fonction réside dans l’intégration de technologies avancées dans la gestion et l’opération des infrastructures.

« La digitalisation des infrastructures est très poussée ici. On introduit l’intelligence artificielle avec des systèmes de management qui aident les ingénieurs à prendre des décisions rapides », confie-t-il avant d’ajouter : « le système mis en place, par exemple, s’alimente de données passées pour aider l’ingénieur dans sa prise de décision », explique-t-il.

« C’est une nouvelle expérience, une chance inattendue ! Le ‘knowledge transfer’ et les compétences transférables dans les deux sens reposent sur des bases solides », philosophe-t-il, comme pour dire que dans le Golfe comme sous les tropiques, de Saint Paul à Doha, les défis hydrauliques restent au cœur de son métier !