Attaque contre l’Iran : pétrole, fret maritime et risques économiques pour Maurice — les scénarios possibles
Les frappes du 28 février 2026 contre l’Iran ont ravivé les tensions dans le Golfe, faisant grimper les cours du pétrole et plaçant le fret maritime ainsi que les primes d’assurance sous pression. Dans un contexte de forte nervosité des marchés, les prix pourraient flamber si les perturbations venaient à se prolonger ou si le détroit d’Ormuz était durablement affecté — passage stratégique par lequel circule près de 20 % du pétrole mondial, comme nous l’évoquions récemment dans un précédent article. Pour Maurice, économie ouverte dépendante des importations énergétiques, trois scénarios se dessinent : désescalade rapide, tensions logistiques persistantes ou choc énergétique plus marqué.
Selon Reuters, l’Iran aurait diffusé des messages radio indiquant qu’« aucun navire ne serait autorisé à traverser le détroit », une déclaration à forte portée politique mais sans effet juridique international immédiat. Néanmoins, l’incertitude a suffi à provoquer une tension instantanée sur les marchés.
Le Brent a atteint environ 73 dollars le baril, rapporte Le Monde, avec des analystes estimant qu’un blocage prolongé pourrait pousser les prix vers 80 dollars, voire au-delà de 100 dollars dans un scénario d’escalade durable. Reuters évoque même « l’une des plus graves crises pétrolières depuis des décennies » si les exportations du Golfe étaient durablement paralysées.
Transport maritime : hausse des primes et du fret
Au-delà du pétrole lui-même, le canal de transmission le plus immédiat reste le transport maritime. Selon le Financial Times, les primes d’assurance « war risk » pour les navires opérant dans la zone ont déjà augmenté, dans certains cas jusqu’à +50 %.
Même sans fermeture totale du détroit, les armateurs intègrent désormais une prime de risque supplémentaire. Les coûts du fret pétrolier entre le Moyen-Orient et l’Asie ont atteint leurs niveaux les plus élevés depuis plusieurs années, selon Reuters. Ces surcoûts finissent historiquement par être répercutés le long de la chaîne d’approvisionnement.
Maurice : exposition indirecte mais réelle
Maurice n’est pas un importateur massif direct d’Iran. Toutefois, le pays dépend fortement du marché global du pétrole, et les risques restent tangibles quant aux fluctuations des prix internationaux via le mécanisme d’achat et la State Trading Corporation (STC). De même que pour les hausses du fret maritime et des primes d’assurance.
D'autre part, les principaux partenaires d’importation de Maurice — Chine, Émirats arabes unis, Inde, Afrique du Sud et France— dominent la provenance des biens importés, qu’il s’agisse d’énergie, de machines, d’équipements industriels, de véhicules ou de biens de consommation. Or ces économies sont elles-mêmes exposées à la hausse des coûts énergétiques et logistiques. Ce qui laisse penser que dans un scénario de perturbation prolongée du Golfe, les navires pourraient être contraints de contourner certaines zones à risque, allongeant les délais de livraison et augmentant les coûts logistiques.
Une telle évolution pourrait se traduire, pour Maurice, par une pression haussière sur les carburants ; un renchérissement des matériaux liés au pétrole (bitume, plastiques, produits pétrochimiques) ; et une inflation importée affectant indirectement le secteur du BTP ainsi que l’économie mauricienne dans son ensemble.
Les scénarios possibles
1. Désescalade rapide
Les marchés se stabilisent, les prix restent volatils mais contenus. Impact limité et temporaire pour Maurice.
2. Perturbations durables du transport
Hausse progressive du fret et des assurances. Inflation importée modérée mais persistante.
3. Escalade régionale majeure
Volatilité extrême du pétrole et des chaînes logistiques mondiales. Maurice subirait alors un choc énergétique et inflationniste plus marqué.
À ce stade — 1er mars 2026 — les marchés réagissent davantage à l’incertitude qu’à une rupture physique des flux. Mais dans une économie ouverte comme celle de Maurice, les prochains jours seront déterminantes quant à la manière dont la situation évoluera.