[ASSURANCE CONSTRUCTION] Jit Balaram [Corporate Claims Manager chez MUA]
« La gestion du risque intervient dès la conception du projet »
Dans cet entretien, Jit Balaram, Corporate Claims Manager chez MUA, explique comment l’assureur a progressivement fait évoluer son rôle — d’un simple mécanisme d’indemnisation vers une approche plus technique et stratégique, pensée pour accompagner les projets de construction à chaque étape de leur développement. Face à des risques devenus plus complexes, MUA mise aujourd’hui sur une logique d’anticipation, de collaboration et de prévention afin de renforcer la résilience et la pérennité des projets.
Le secteur de la construction a beaucoup évolué ces dernières années. Comment cela se traduit-il sur le plan des risques ?
Les risques ont effectivement gagné en complexité. Ils ne sont plus uniquement liés à l’acte de construire. Aujourd’hui, tout est interconnecté : la conception, le choix des matériaux, les contraintes environnementales, les enjeux économiques ou encore les réalités logistiques. À cela s’ajoutent des facteurs climatiques et réglementaires en constante évolution.
Concrètement, nous observons sur le terrain des erreurs de conception liées à l’adoption de nouveaux matériaux ou de techniques innovantes parfois insuffisamment maîtrisées. Les retards d’approvisionnement peuvent également entraîner des substitutions non prévues, avec des risques de non-conformité à la clé. Les phénomènes climatiques — notamment les inondations ou les vents violents — accentuent davantage l’exposition des chantiers. Enfin, la pression sur les coûts conduit parfois à des arbitrages techniques qui peuvent fragiliser la qualité des ouvrages.
Face à cette évolution, une approche uniquement réactive n’est plus suffisante. Une gestion anticipative, technique et intégrée du risque devient désormais indispensable.
Les modèles d’assurance classiques sont-ils aujourd’hui adaptés à ces nouvelles réalités ?
Pas entièrement. L’assurance traditionnelle intervient souvent après le sinistre — et c’est précisément là que réside sa principale limite. Chez MUA, nous avons choisi de développer une approche fondée sur un véritable partenariat stratégique avec les différents acteurs du projet. Cet accompagnement s’articule à trois niveaux :
- • en amont, à travers l’analyse des plans, des méthodes constructives et des risques spécifiques ;
- • pendant les travaux, grâce à un suivi régulier et des recommandations d’ajustement ;
- • après livraison, avec des garanties adaptées à la durabilité de l’ouvrage.
Dans la pratique, nous rencontrons fréquemment des situations où certaines exclusions de garanties sont mal comprises, créant ainsi des zones de non-couverture. Nous voyons également des plafonds insuffisamment calibrés ou des garanties inadaptées pouvant générer des pertes financières importantes. Les coûts indirects — retards, pénalités contractuelles ou pertes d’exploitation — sont eux aussi parfois sous-estimés en phase initiale.
Notre rôle consiste précisément à identifier ces angles morts le plus tôt possible afin d’éviter qu’ils ne deviennent critiques au cours du projet.
Cette approche traduit une évolution profonde du rôle de l’assureur, qui ne se limite plus à intervenir uniquement après un incident, mais qui agit également comme partenaire technique tout au long de la réalisation du projet.
Vous parlez de « partenariat stratégique ». Qu’est-ce que cela signifie concrètement au quotidien ?
Cela signifie que MUA travaille en étroite collaboration avec l’ensemble des parties prenantes : maîtres d’ouvrage, entrepreneurs, ingénieurs et bureaux de contrôle.
Cette approche traduit une évolution profonde du rôle de l’assureur, qui ne se limite plus à intervenir uniquement après un incident, mais qui agit également comme partenaire technique tout au long de la réalisation du projet.
Cela se traduit par des ateliers organisés dès les premières phases afin de cartographier les risques du projet, des échanges techniques réguliers avec les ingénieurs et les équipes chantier, ainsi que des visites de site destinées à évaluer les pratiques réelles et proposer, lorsque nécessaire, certains ajustements.
Nous développons également des solutions adaptées à la réalité de chaque projet : ajustement des garanties selon la complexité structurelle, programmes Tous Risques Chantier élargis couvrant certains risques spécifiques souvent exclus des contrats standards, ou encore recommandations techniques visant à réduire l’exposition aux sinistres, notamment en matière de procédures, de matériaux ou de méthodes de construction.
Vous insistez beaucoup sur la phase de conception. Pourquoi est-elle si déterminante ?
C’est à ce stade que se prennent les décisions qui conditionneront l’ensemble du projet : sa solidité, sa conformité et sa durabilité. Une erreur en phase de conception peut avoir des conséquences importantes, parfois pendant de nombreuses années.
Notre rôle ne consiste pas uniquement à accompagner les projets, mais également à apporter une expertise technique et assurantielle approfondie. Nous intervenons notamment pour identifier les vulnérabilités potentielles dans les plans, vérifier la conformité aux normes et aux bonnes pratiques internationales, ou encore recommander des alternatives techniques plus sûres et plus durables lorsque cela s’avère nécessaire.
Cette intervention précoce permet non seulement de réduire significativement la sinistralité, mais aussi d’optimiser les coûts globaux du projet. C’est un bénéfice concret pour l’ensemble des parties prenantes.
Quel est le rôle de MUA à chacune des principales étapes d’un projet ?
Notre rôle évolue selon les différentes phases du projet, tout en conservant le même niveau d’exigence.
En pré-construction, nous procédons à une analyse approfondie du projet afin de structurer les garanties de manière cohérente avec les risques identifiés. Dans le cas d’un projet situé en zone inondable, par exemple, nous pouvons adapter les couvertures et formuler des recommandations techniques spécifiques dès le départ.
Pendant la construction, nous mettons en place les couvertures Tous Risques Chantier et assurons un suivi continu des risques. Lorsqu’une méthode de construction évolue en cours de chantier — ce qui reste fréquent — nous intervenons afin d’adapter les garanties et de limiter l’exposition potentielle.
En post-construction, nous accompagnons la mise en place d’une assurance décennale solide et adaptée aux caractéristiques du projet. Cet élément joue aujourd’hui un rôle important dans la valorisation et la sécurisation d’un actif immobilier, notamment dans une logique de financement ou de commercialisation.
Qui bénéficie réellement de cette approche ? Tous les acteurs sont-ils concernés ?
Tous les acteurs concernés par le projet peuvent en tirer des bénéfices directs.
Les investisseurs bénéficient d’une meilleure sécurisation de leurs actifs et d’une réduction des incertitudes financières. Les banques disposent d’une visibilité plus claire sur les risques, ce qui peut renforcer la bancabilité des projets. Du côté des entrepreneurs, une meilleure anticipation contribue à réduire les risques de litiges. Quant aux acquéreurs, ils gagnent en confiance sur la qualité et la durabilité des ouvrages.
Un projet bien structuré dès le départ permet très souvent de limiter les retards, les surcoûts et les contentieux, qui restent particulièrement coûteux pour l’ensemble des parties prenantes.
L’assurance construction évolue aujourd’hui vers une fonction beaucoup plus stratégique. Elle ne peut plus être perçue uniquement comme un filet de sécurité intervenant après un sinistre.
Comment envisagez-vous l’évolution de l’assurance construction dans les années à venir ?
L’avenir de l’assurance construction reposera principalement sur trois piliers : la prévention, la collaboration et l’innovation.
Chez MUA, cette transformation est déjà engagée à travers une approche centrée sur la gestion proactive des risques, un travail renforcé avec les différents acteurs techniques du secteur, ainsi qu’une intégration progressive des référentiels et des meilleures pratiques internationales.
L’assurance construction évolue aujourd’hui vers une fonction beaucoup plus stratégique. Elle ne peut plus être perçue uniquement comme un filet de sécurité intervenant après un sinistre. Elle devient progressivement un véritable levier de performance, de résilience et de durabilité pour les projets.
En quoi l’approche de MUA marque-t-elle une évolution dans la manière d’aborder les risques liés aux projets de construction à Maurice ?
À Maurice, l’assurance construction a longtemps été perçue comme une simple obligation administrative. Chez MUA, nous avons choisi d’adopter une approche différente, davantage orientée vers l’accompagnement stratégique des projets.
Chaque projet bénéficie ainsi d’une expertise locale approfondie, d’une approche alignée sur les normes et les meilleures pratiques internationales, ainsi que d’un accompagnement adapté aux réalités spécifiques de chaque chantier.
Notre ambition est claire : faire de l’assurance un partenaire pleinement engagé dans la qualité, la résilience et la pérennité des projets de construction. Une vision exigeante, mais aujourd’hui essentielle face aux transformations profondes que connaît le secteur.

