2026 : L’épreuve de vérité
Le secteur de la construction, pilier central de l’économie mauricienne, traverse actuellement une phase de ralentissement marquée. Longtemps moteur de la croissance et baromètre de l’activité économique, il évolue désormais dans un climat d’incertitude, nourri par les ajustements budgétaires, l’érosion du pouvoir d’achat, des contraintes structurelles persistantes et un cadre réglementaire en mutation.
Les données récentes confirment l’ampleur du ralentissement. Les données récentes confirment l’ampleur du ralentissement. Pour l’année en cours, la valeur ajoutée brute du secteur devrait afficher une croissance négative de 2,1 %, contre une progression positive de 13,3 % à la même période l’année dernière. Une contraction qui révèle à la fois un affaiblissement de la demande et des tensions du côté de l’offre, touchant aussi bien le résidentiel et le non-résidentiel que les autres types de travaux.
Un attentisme alimenté par le Budget 2025-26
Une partie de cette décélération s’explique par un attentisme généralisé dans le sillage du Budget 2025-26. Plusieurs opérateurs du secteur évoquent une pause stratégique dans le lancement de projets, liée aux incertitudes autour des nouvelles mesures fiscales. La reprise observée depuis l’adoption du Finance Act reste progressive, mais insuffisante pour compenser les mois d’inertie. À cela s’ajoutent des contraintes structurelles persistantes, notamment la pénurie de main-d’œuvre qualifiée et la lenteur administrative dans l’octroi des permis de travail. Dans un contexte de déclin démographique et de désintérêt croissant des jeunes pour les métiers du bâtiment, la modernisation des procédures d’importation de compétences devient indispensable.
La demande, quant à elle, souffre de l’incertitude économique. Les pressions inflationnistes et le durcissement des conditions de crédit ont conduit de nombreux ménages à reporter leurs projets immobiliers. La révision du Home Ownership Scheme, désormais réservé aux ménages accédant pour la première fois à la propriété de leur résidence principale, réduit la portée des incitations fiscales destinées à soutenir la demande. Les opérateurs soulignent que cette catégorie ne représente qu’une fraction du marché, et que l’absence de mesures favorisant l’investissement locatif ou l’acquisition additionnelle limite les perspectives de dynamisation.
Du côté des projets d’envergure, les effets du budget se font également sentir. La fin annoncée, au 30 juin 2025, du remboursement de la TVA sur la construction résidentielle, ainsi que la suppression des incitations fiscales liées aux Smart Cities, ont entraîné un gel immédiat ou une révision à la baisse de plusieurs projets privés. Les perceptions de rentabilité se sont détériorées, influençant directement les décisions d’investissement. Dans le même temps, la nouvelle classification des entrepreneurs, introduite sous la Construction Industry Authority Act, crée une période de transition complexe pour les entreprises les plus structurées, malgré l’objectif affiché de favoriser la participation des PME.
Les fournisseurs ressentent également la baisse de régime. La demande en matériaux de base, notamment le ciment, s’est rééquilibrée à la baisse. Les acteurs du secteur reconnaissent toutefois la résilience des fondamentaux, soutenue par la poursuite de projets publics essentiels et par l’intérêt maintenu de certains investisseurs. L’optimisme n’est cependant pas au beau fixe : une partie des grands chantiers publics est financée via des lignes de crédit indiennes assorties d’appels d’offres réservés aux entreprises de la grande péninsule. Des groupes indiens se sont déjà positionnés sur plusieurs projets phares — modernisation de l’aéroport, parc solaire flottant de Tamarind Falls, remplacement des conduites de la CWA —, réduisant d’autant l’accès direct des opérateurs locaux à ces marchés stratégiques, tandis que les coûts des matières premières, la volatilité du taux de change et les pressions logistiques continuent d’affecter les marges.
Face à ce contexte, plusieurs pistes émergent pour soutenir la relance. Les opérateurs appellent à maintenir les projets publics structurants — routes, drains, logements sociaux — afin de stabiliser l’activité. Ils réclament aussi une révision des cadres contractuels, notamment l’introduction systématique de clauses de variation de prix, ainsi qu’un mécanisme exceptionnel de compensation, les contrats à prix fixe devenant de plus en plus intenables dans l’environnement actuel. L’accélération des paiements publics et le développement de partenariats public-privé mieux structurés, incluant une participation locale renforcée, sont également cités comme leviers de confiance.
Croissance plus stable ?
Si 2025 marque l’amorce d’un rééquilibrage budgétaire à travers le Finance Bill et les ajustements sectoriels, c’est surtout 2026 qui apparaîtra comme l’année décisive. Les mesures introduites en 2025 — discipline fiscale renforcée, encadrement de la dette, réforme des régimes sectoriels — ne produiront leurs effets qu’à partir de l’année suivante, lorsque l’économie entrera dans une phase de consolidation sous contraintes.
Les projections indiquent une croissance plus stable, mais dépendante de la capacité du pays à moderniser sa structure productive, accélérer la transition énergétique et relancer la productivité des secteurs exportateurs. En 2026, les arbitrages deviendront plus serrés : maintenir le soutien au pouvoir d’achat tout en préservant la soutenabilité, protéger la compétitivité dans un contexte de tensions géopolitiques et absorber les chocs externes liés aux marchés européens et asiatiques. L’année sera déterminante pour vérifier si les réformes de 2025 constituent une rupture durable ou un simple ajustement temporaire.
En définitive, le secteur de la construction se trouve à un tournant. Il n’est pas en crise profonde, mais il évolue sur un terrain instable. Sa capacité à redevenir un moteur de croissance dépendra d’un ajustement coordonné entre politiques publiques, efficacité administrative et adaptation des modèles économiques des entreprises. Si les perspectives 2026 sont pleinement saisies, une relance maîtrisée et durable reste possible.