November 15, 2025

[MÉTIER] Wesley Gateau : Un parcours bâti sur le roc !

À une époque où les métiers manuels se raréfient, il est essentiel de rappeler l’importance de ceux qui, avec patience et passion, façonnent des œuvres durables. Wesley Gateau, tailleur de pierre depuis plus de trois décennies, en est un exemple. Cet artisan expérimenté, résidant à Olivia, un paisible village de l’Est de l’île Maurice, perpétue un savoir-faire hérité de génération en génération, tout en y apportant sa propre approche. Au-delà des outils, ce sont les mains de Wesley, épaulées par son fils Winsley, qui transforment la roche brute en éléments architecturaux.

Wesley n’a pas simplement hérité de la tradition ; il a su l’adapter. Issu d’une famille modeste, il a dû abandonner ses études pour subvenir aux besoins de sa famille. Malgré les défis, son talent naturel et sa soif d’apprendre l’ont poussé à se surpasser. Aujourd’hui, il se qualifie avec une certaine fierté de « dessinateur, architecte, maçon et décorateur ». Sur chaque chantier qu’il entreprend, ce dernier supervise chaque détail avec l’attention d’un artisan expérimenté.

Nous l’avons rencontré sur un chantier à Poste de Flacq, où il achevait une réalisation pour un restaurateur local. Chaque détail, chaque pierre, chaque joint était travaillé avec minutie. « J’ai appris ce métier à 15 ans, et aujourd’hui, je peux dire que je le maîtrise », déclare-t-il, sans prétention mais avec satisfaction. Son sourire témoigne de sa fierté, et malgré la fatigue visible d’une longue journée de travail, l’homme reste fier de ce qu’il accomplit.

« J’ai appris ce métier à 15 ans, et aujourd’hui, je peux dire que je le maîtrise »

L’héritage familial joue un rôle clé dans son parcours. Son oncle René, aujourd’hui disparu, a été son mentor : celui qui lui a enseigné les subtilités de la pierre, la qualité des roches, et les techniques de pose. Un autre oncle, Jean Jules, l’a également formé en l’emmenant sur des chantiers à travers l’île, où Wesley a pu observer et perfectionner ses compétences. Cet héritage familial, Wesley le transmet aujourd’hui à son fils Winsley, avec l’espoir que celui-ci perpétue à son tour ce métier. « Il est mon bras droit », affirme-t-il avec un éclat de rire, avant de lui prédire un avenir prometteur à la tête de son propre atelier.

Si le métier de tailleur de pierres est ancré dans la tradition familiale, en revanche, il n’en est pas moins rude et difficile. L’évolution des outils couplée à de nouvelles méthodes de transformation a transformé la profession. Les outils manuels sont de plus en plus remplacés par des scies électriques et, dans certains cas, des lasers, explique-t-il. Bien que la modernité ait simplifié certains aspects du métier, elle a également apporté de nouveaux défis. Wesley mentionne notamment la poussière dégagée par les scies mécaniques, source de plaintes de la part des voisins. Mais, comme il le souligne avec pragmatisme : « lorsqu’ils voient le travail terminé, ils sont les premiers à nous féliciter. »

Malgré ces obstacles, Wesley reste optimiste. Son travail est recherché, et il reçoit régulièrement de nouvelles commandes grâce au bouche-à-oreille, qu’il considère comme la meilleure publicité. Son tarif, qu’il juge raisonnable et juste, constitue sa réponse à une tendance qu’il déplore : certains entrepreneurs, dit-il, pratiquent des prix excessifs, au détriment de ceux qui travaillent pour eux. En se mettant à son compte, avec son fils à ses côtés, Wesley a trouvé un équilibre entre la passion et les impératifs économiques. « Je vise la pérennité, pas la richesse immédiate », soutient-il.

Les journées de travail restent néanmoins éprouvantes. Elles commencent à 8h30 et prennent fin souvent après la tombée de la nuit. Une courte pause après le déjeuner ne suffit pas toujours pour vaincre la fatigue surtout en été. Mais sa motivation semble inébranlable. « Quand on est jeune, il faut dépenser de l’énergie et éviter les mauvaises tentations », partage-t-il avec une dose de sagesse, un sourire au coin des lèvres et le regard dirigé vers son fils, Winsley. Ce dernier acquiesce d’une phrase qui laisse entrevoir une belle complicité père-fils : « Pa fasil avek twa, papa ! »

Son numéro de contact : 5848 7136.